De plus, ce secteur du tourisme est fortement sensible aux aspects météorologiques, et le sera encore plus avec le changement climatique (cf le rapport de 2007 « Changement climatique et tourisme »). En méditerranée, la stratégie méditerranéenne de développement durable (plan bleu) planifie des actions pour faire face aux changements déjà prévisibles. De même, les impacts du changement climatique sur les activités de montagne ont fait l’objet de nombreux rapports alarmants notamment pour les stations de sports d’hiver.

L’autre grand facteur déclencheur pour le secteur du tourisme est le changement de comportement de fond des clients.

Ainsi, selon la dernière étude publiée par Atout France*, 88% de la clientèle trouve la démarche de tourisme durable ou responsable intéressante. Les visiteurs français sont même prêts à privilégier une destination en faveur de l’écologie (69%), à adopter un comportement d’éco-consommateur sur le lieu de séjour (86%) et à privilégier un hébergement disposant d’un éco-label (56%).

D’autres études confirment cette tendance comme l’étude « les français sont-ils des voyageurs responsables ? » de Voyages SNCF et TNS-Sofres de mars 2009.

Néanmoins, il existe actuellement un écart important entre la volonté d’achat « responsable » et la consommation réelle, cette clientèle restant encore une niche avec seulement 4 % des touristes ayant choisi une offre tourisme durable ou tourisme responsable.

Mais, 10% des clients français, britanniques et allemands considèrent le caractère durable comme un élément essentiel à intégrer dans leurs critères de choix (étude GMV Conseil pour Atout France 2009*). Et ils sont près de 8 voyageurs sur 10 (qui connaissent le tourisme responsable) à être prêts à passer à l’acte (vs 72% en 2008), avec un pourcentage très important chez les moins de 35 ans (9 sur 10) et les parisiens (88%), plus faible chez les seniors (6 sur 10 seulement)(étude Voyages SNCF 2009). De plus, 60% des clients français, britanniques et allemands perçoivent le caractère durable comme un « plus », à valeur égale de prestation (étude Atout France).

Actuellement, les produits liés au tourisme durable les plus consommés sont :

  • 17% des hébergements s’engageant dans le respect de l’environnement
  • 15 % des modes de transport respectueux de l’environnement
  • 12 % des produits bio

* publication à venir : Sensibilité des clientèles au développement durable Coll. Ingénierie et Développement – Mini-guide – 25 €

Après la démarche qualité, celle du développement durable est donc la prochaine étape de la filière touristique française pour garder son avantage concurrentiel.

Ces prévisions optimistes pour l’avenir ne doivent pas faire oublier que l’intégration du développement durable ou dans la moindre mesure, la prise en compte de ses impacts sur l’environnement, sont en train petit à petit de devenir une » norme de comportement » s’appliquant également en vacances : tri des déchets, économie d’eau et d’électricité … et dont l’absence sera dans quelques années perçue comme une incivilité…

Heureusement, les professionnels du tourisme sont de plus nombreux à anticiper ces nouvelles pratiques en intégrant des normes environnementales dans leurs offres ou en innovant dans de nouveaux services. A titre d’exemple, les hôtels comme Les Orangeries dans la Vienne, La Pérouse à Nantes, Les Cols Verts en Vendée ou encore le camping La Venise Verte dans le Marais Poitevin sont labellisés par l’éco-label européen.

Les grandes enseignes s’investissent, comme Best Western, 1ère chaîne en France en nombre d'hôtels éco-labellisés, qui vient d’ouvrir à Soissons le premier hôtel certifié HQE en France avec notamment une consommation de kilo watts inférieure de 40% à la réglementation en vigueur (cf : site de Certivea). Parmi les autres labels, on peut encore citer le Label Tourisme et Handicap, le label international la Clef verte, ou encore la Certification Agir pour un tourisme responsable par ATT (Association des Tours opérateurs Thématiques).

Pour les aider dans leur démarche, les professionnels peuvent s’appuyer notamment sur les CCI qui ont élaborées un dispositif d’accompagnement « RESPECT, l’engagement tourisme durable » (Responsabilité environnementale et sociale pour des entreprises compétitives du tourisme).

Les associations comme Mountain Riders, association pour un développement durable en montagne, œuvrent également pour développer de meilleures pratiques dans la profession (charte des stations, éco-guides…) et accompagner les territoires dans leurs démarches (association Citoyens de la Terre et leur démarche Eveil Tourisme).

Les collectivités sont loin d’être en reste sur cette thématique :

  • création d’une offre « tourisme durable» pour les groupes (Angers Loire Métropole),
  • mise en œuvre de campagnes de sensibilisation des touristes (Emma de Saint Jean de Monts, PNR du Pilat),
  • diffusion d’informations auprès des professionnels par la région PACA (guide Magestour),
  • création d’une charte européenne dans les espaces protégés pour les Parcs naturels régionaux,
  • incitation avec des appels à projets de tourisme durable (Région Bretagne)
  • création de projet innovant comme le projet Handi-Cap-Océan à La Teste de Buch permettant aux personnes à mobilité réduite d’accéder à des sentiers
  • la valorisation au travers de trophées comme les trophées du tourisme responsable de Voyages SNCF ou le concours des Sceptres d’or de l’ANMSCCT.

Les actions collectives s’organisent avec par exemple, l’association nationale des maires de stations classées et de communes touristiques (ANMSCCT) qui réalise avec le cabinet Altamire, une enquête auprès des collectivités et territoires de projet (Pays,PNR) sur leurs attentes (__http://www.altamire.com/enquete/tourismedurable/ethnos.dll__) et promeut avec le Comité 21 la réalisation d’Agendas 21 pour les communes touristiques.

Autres acteurs, les fédérations comme la fédération française de surf et son programme écosurf qui au travers d’animations sportives et de compétitions, sensibilise le grand public à l’environnement et aux éco-systèmes. La fédération de l’hôtellerie de plein air quant à elle propose aux campings un diagnostic de développement durable (Région Midi-Pyrénées)

Même le très luxueux hôtel Fouquet’s (Groupe Lucien Barrière) s’engage depuis 3 ans dans un « Luxe Respectable© », avec une offre « verte » de services proposée à ses clients volontaires : compensation carbone, tri sélectif, restauration bio et équitable, borne pour recharger un véhicule électrique, vélos électriques… ou limousine hybride. En interne ce luxe raisonné a abouti par une politique d’achats de produits responsables qui représentent 12% du total des achats du Fouquet’s et par la réalisation d’un bilan carbone. Pour l’avenir, Le Fouquet’s travaille sur l’élaboration d’une gamme de linge issue de l’agriculture biologique, produite en commerce équitable et tissée en France. Lire l’article de Novethic.

Le tourisme n’a sans doute pas d’autre choix que de devenir compatible avec le développement durable, ses nouvelles offres devront bien entendu correspondre à un engagement réel des professionnels, s’inscrire dans des démarches territoriales plus large (Agendas 21…), être cohérente avec les différentes échelles de compétences, mobiliser l’ensemble de la filière et surtout être attractive en répondant aussi aux autres motivations des clients (rêve, plaisir, liberté…).